L'histoire de la France n'est pas celle d'un long fleuve tranquille et elle a bien failli ne pas exister tout simplement ! .. C'est au 12e siècle que la France se renforce sur le plan étatique avec le long règne de Philippe-Auguste. A partir de cette date et malgré les avatars des conflits avec l'Angleterre puis avec la Bourgogne jusqu'en 1477, la France territorialement va, à l'intérieur se renforcer et comme s'homogénéiser autour du roi de France et commencer son expansion. Cette expansion se fait tous azimuts, sauf du côté de l'Espagne actuelle. On doit même signaler que dès le 10e siècle la partie française de l'Empire de Charlemagne va perdre la marche catalane, la région de Barcelone.
En 843, ce qui correspond à la Flandre actuelle, est incorporé dans ce qui va devenir la France et, ce qui correspond à l'actuelle Wallonie est incorporé à la Lotharingie qui va être elle-même vite annexée à l'Empire germanique, mieux connu sous le nom de Saint-Empire. Or la « Flandre » de 843 est thioise et germanique, et la « Wallonie » de 843 est « latine » par rapport aux deux parties de la Belgique actuelle, se produit un fait remarquable. La Flandre a réussi dès le départ, à être une principauté relativement excentrique par rapport au royaume de France, la Wallonie, elle, est incorporée à L'empire germanique. Du 10è au 12è siècle, l'évêque de Liège va même être une sorte de « surveillant » de l'Empereur dans les principautés wallonnes qui relèvement de l'Empereur et de l'Evêque de Liège. Si l'on considère la Flandre à travers son histoire, et surtout à partir du 10è siècle (et son incorporations aux possessions de Bourgogne, comme seulement très théoriquement française, il y a ce fait remarquable à souligner dont in ne peut peut-être pas donner la raison, mais qui est en lui-même digne d'être remarqué. La France connaîtra, depuis Philippe-Auguste, une expansion continue. La Flandre pose un problème particulier si l'on veut étudier l'expansion française sur la longue durée. Disons que dans un premier temps, sous la domination des premiers capétiens, c'est la Flandre qui connaît son expansion en France. Le comté de Flandre annexe à peu près tout le nord de la France jusqu'à Boulogne et Cambrai. Là, la France recule d'abord comme en Espagne.
Mais sur les trois autres fronts, les trois autres rivières qui la bornent en 843, la France va franchir les limites dans lesquelles la confine le partage. Elle va avancer à 300 kilomètres au-delà du Rhône et de la Saône en direction de régions romanes:
• de la région de Marseille jusqu'à Toulon et Nice dans le Midi;
• de Lyon aux Alpes, de Dijon jusqu'aux environs de Bâle, de la Meuse à sa source jusqu'au Rhin et à Strasbourg.
Notons cependant en passant que, encore au 16e siècle, lorsque le Duc d'Albe doit se rendre d'Italie aux Pays-Bas pour y réprimer les troubles religieux et la révolte nationale, ses troupes progressent sur un territoire s'étendant sur la rive gauche du Rhône et de la Saöne, soit sur des terres aujourd'hui françaises.
On peut dire qu'il y a cette expansion française continue d'en moyenne 2 à 300 kilomètres sur une ligne qui va de Marseille jusqu'au Grand-Duché. De même, vis-à-vis de la Flandre, plus au nord, la France va s'avancer annexant l'Artois, le Cambrésis, la Flandre gallicane soit, si l'on veut de Boulogne sur l'Atlantique à Lille. Mais, curieusement, en direction de ce qui correspond à la Wallonie actuelle, à 'exception cependant de la moitié du Hainaut, la France piétine.
De 843 à 1730, l'expansion de la France le long de la vallée de la Meuse va de Renwez (au fond de la botte de Givet), à Givet soit 20 kilomètres. Une sorte de piétinement. Parmi les principautés wallonnes à l'origine de la Wallonie actuelle ou qui y sont intégrées grosso-modo, ni le Luxembourg, ni le comté de Namur, ni la Principauté de Liège ne perdent de territoires importants. Il n'y a pas d'explications plausibles à cela mais le fait sera d'une importance capitale pour l'histoire récente et pour la perception même de l'espace wallon en Europe. Il y a des explications partielles. L'expansion française, au moins dans le nord, peut être interprétée comme une volonté défensive. Il faut couvrir Paris qui est toujours très proche de frontières ennemies, d'abord bourguignonnes aux 14e et 15e siècles, ensuite espagnoles puis autrichiennes puis très proches de l'Allemagne. C'est la raison pour laquelle la frontière nord de la France a été souvent décrite comme une frontière de guerre. C'est à un tel point que dans la vaste étude de F.Lentacker sur cette frontière - elle date de vingt ans et depuis plusieurs modifications ont été apportées mais, en gros, les conclusions restent fondées - il est observé que les mouvements libres de l'économie de marché, les échanges humains,les proximités linguistiques et culturelles n'ont pas altéré le caractère très séparant de cette frontière :
La frontière franco-belge sépare bien deux Etats qui obéissent à des principes d'intervention et d'action sur leur propre territoire et sur lui seul,qui n'admettent des réalisations communes qu'au prix de concessions réciproques intervenant à la suite des délais indispensables à la négociation de tout un contentieux,qui mettent en pratique des politique d'aménagement régional conçues en fonction des forces internes qui leur sont propres. Il s'agit bien là d'une frontière remplissant sa fonction dans l'esprit du siècle dernier. Sur les autres limites de la France, il en va pourtant autrement.
La rigidité de la frontière franco-belge ne tient peut-être plus tellement aux raisons politiques d'ordre européen qui ont déterminé sa création; elle dépend davantage de nécessités ressenties au niveau gouvernemental à Paris et à Bruxelles. Pour la France comme pour la Belgique, l'autorité centrale ne peut rien céder de l'exercice de sa souveraineté sans conséquences graves dans tous les domaines de la vie nationale : cette frontière est trop proche de Paris et elle commande l'unité belge. La cohésion nationale ne s'acquiert et ne dure que par l'établissement de structures et de rapports qui mettent en condition l'existence de tout un peuple dans l'espace géographique circonscrit qui lui appartient. La frontière franco-belge l'une des plus artificielles qui soit, en offre un exemple particulièrement probant : elle sépare deux territoires, deux peuples et met en présence deux consciences nationales. ». Cette frontière fut solidement verrouillée au 17 e siècle par Louis XIV, une des frontières au sens moderne, les plus anciennes du monde comme le rappelle Fouche. Dire qu'elle est artificielle n'a pas beaucoup de sens : en Europe la moitié des frontière sont tracées sans ces repères géographiques que sont les fleuves, les lignes de partage des eaux,les montagnes,les lacs etc... (à suivre ...)
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